Apprendre à coloriser une bande dessinée

Apprendre à coloriser une bande dessinée


Colorisation bande dessinée

Colorisation bande dessinée

A l’occasion de la sortie de sa nouvelle formation photoshop sur la colorisation de BD, Antoine Defarges revient pour vous sur son métier et partage quelques secrets. Rencontre.

Elephorm : Quels outils faut-il bien maîtriser pour colorier une bande dessinée ?
Antoine Defarges : Une bonne prise en main de la tablette graphique est toujours à la base. La colorisation à la souris n’est pas franchement conseillée. L’utilisation du pinceau et ses réglages, au sein du logiciel (Photoshop, Painter, etc.) est également indispensable pour réussir à peindre des transitions dont la dureté ainsi que la texture s’adaptent au type de surface représenté. Une bonne compréhension des calques, de leur organisation, des groupes, peut également être un grand avantage pour être productif, effectuer des corrections à la volée et rapidement, ne pas oublier d’éléments. Enfin, les calques de réglages, même s’ils ne sont pas indispensables, sont également une aide précieuse pour affiner les ambiances ou créer des effets spécifiques. Ceux qui connaissent mon travail savent que j’ai beaucoup de mal à m’en passer, mais c’est une question de goûts personnels.

capture

Comment travaille-t-on avec l’illustrateur ? Est-ce qu’il donne un brief ? Des consignes sur l’ambiance à donner ? Y a t il souvent des allers-retours avec le dessinateur ?
L’auteur (dessinateur et/ou scénariste) reste en toute circonstances le maître des lieux. La plupart du temps il a une idée plus ou moins précise de ce qu’il recherche, que ce soit en termes de couleurs ou, plus vaguement, d’ambiance. Si un éditeur entre en jeu il aura également son mot à dire. Dans tous les cas le coloriste peut apporter sa touche personnelle, essayer différentes choses, mais en gardant toujours à l’esprit les demandes qui lui ont été faites ainsi que l’histoire. Le mieux est de faire une première esquisse, sous forme de peinture rapide réalisée en une trentaine de minutes, pour tester les principales couleurs et ambiances, et de demander dès lors un premier retour de l’auteur. Les aller-retours (par mail) sont indispensables pour affiner le travail, l’auteur ayant toujours ses exigences et connaissant le projet bien mieux que le coloriste, il est souvent à même de donner un avis aguerri. C’est d’autant plus vrai pour le projet de cette formation, Jean-Paul Aussel, le dessinateur, étant un auteur de grande expérience – il faisait partie de mes professeurs durant mes études, et il continue de me botter le derrière pour affiner mon travail. En résumé, l’auteur est le boss, et comme tous boss respectable il doit aussi être à l’écoute de ses subalternes s’il veut mener à bien son projet.

La couleur d’une bande dessinée est-elle considérée comme un élément narratif important ?
La couleur ne doit pas se mettre en avant, elle ne doit pas prendre le dessus sur le dessin. Elle peut à la limite se faire oublier, mais ce n’est pas encore la meilleure approche. Son plus beau rôle est de souligner le dessin, d’en accentuer certains aspects, et par là-même de clarifier la narration. Les ambiances sont indispensables (dominante bleue pour une scène sous-marine ou de nuit, fond rouge pour les moments de surprise, camaïeux pour les flash-back, etc.). La couleur doit appuyer la narration, en souligner les enjeux. Certains détails sont importants et participent à la bonne lecture de l’ensemble. Par exemple, dans cette formation vidéo, je crie gare et conseille aux spectateurs de coloriser le mot « WCHHH », qui évoque la chute dans un trou puis un glissement, de cette manière; rouge à gauche, sur le début du mot, puis progressivement en dégradé vers le orange. Le rouge souligne la surprise, la chute, puis le dégradé accompagne le glissement. Ce genre de détail peut prêter à sourire, mais il s’agit en réalité d’enjeux bien réels et quotidiens, en illustration.

Pour finir, quelles sont tes bédés préférées !
Paradoxalement, j’ai étudié la BD durant trois ans et ne la sous-estime aucunement – c’est un art à part entière –  mais je n’en lis que très peu. Ma culture de ce côté-là est lamentable : sur les cinq mille et quelques BD qui sortent en franche chaque année, je dois pourvoir citer quatre ou cinq titres. Mis à part l’illustration, j’ai une autre passion qui me prend énormément de temps, la littérature, et j’ai moins de mal à enchaîner les pavés qu’à me poser une heure pour lire une BD. Si j’ouvre un Pynchon, un Vollmann, Gass ou Zola, je ne peux m’empêcher de lire tous les autres ouvrages de l’auteur en question, ça prend du temps. Parmi mes petites références personnelles, je citerais quand-même Astérix, qui reste du travail d’orfèvre, tous les travaux de Gotlib, Maus de Art Spiegelman, l’immense série Cerebus de Dave Sim, toute l’oeuvre de Will Eisner. J’adore également des choses plus légères comme Le petit spirou, Kid Paddle, Titeuf, en bref toutes les bonnes BD destinées aux enfants. Sans oublier Pascal Brutal, l’homme le plus viril du monde. Je ne lis jamais de comics ni de manga, je laisse ça aux passionnés.

+ Pas de commentaire

Ajoutez votre commentaire